Vanina

6 mai 2020 | Vanina | 2 commentaires

La foule d’étudiants s’engouffrait dans l’école guatémaltèque. Vanina retira ses écouteurs avant de pénétrer à son tour dans l’établissement. A l’intérieur, elle se figea devant les colonnes de pierre qui soutenaient les hauts plafonds. Elle n’avait jamais rien vu d’aussi gargantuesque. Tout ce qu’elle avait connu jusqu’à présent se résumait à sa maisonnette qui tenait à coup sûr tout entière dans ce hall et ses anciennes écoles de quartier qui n’était pas beaucoup plus imposantes. Elle resta là, hébétée, impressionnée par le spectacle qui s’offrait à ses yeux. Les élèves fourmillaient de partout et la moitié d’entre eux savait exactement où se rendre ; elle était seulement entravée dans ses mouvements par l’autre moitié composée de retrouvailles encombrantes et de nouvelles têtes qui ne savaient trop où se mettre. 

Il ne fallut pas longtemps pour que Vanina se fasse bousculer par plusieurs adolescents, la sortant de sa torpeur. Elle s’écarta du chemin et se mouva sur le côté gauche de la pièce cherchant le contact de son dos avec une des colonnes principales du bâtiment. La première était malencontreusement occupée par trois groupes de filles qui devaient approcher leur dernière année de scolarité obligatoire. Se faufilant entre les silhouettes, elle arriva à hauteur du deuxième pilier où des garçons, un poil plus âgés qu’elle, s’exprimaient vivement. Il y avait bien là une place où se glisser mais elle se situait à l’arrière de l’élément. Elle ne pourrait alors pas observer le centre du lieu pour voir si quelqu’un appelait les nouveaux. Finalement, elle se hâta vers la troisième colonne où personne n’était assez proche pour envahir son espace vital. 

De là, elle contempla à nouveau l’effervescence de la rentrée. En tendant l’oreille, elle distingua des bribes d’espagnol qui s’élevaient de toutes les directions, mais pas uniquement. De l’anglais et du coréen se démarquaient aussi des différents regroupements de jeunes parmi les langues qu’elle reconnaissait. 

Le temps passait comme au ralenti. Toute sa confiance la quittait peu à peu dans cet univers inconnu. Elle n’osait plus bouger d’un iota, accrochée à ce pilier à l’instar d’un naufragé à un radeau de fortune. 

Enfin ! L’appel d’un membre du cor enseignant mit fin à ses angoisses naissantes. 

La femme héla les néophytes et leur ordonna de l’accompagner dans une aula annexe. D’un pas pressant, Vanina s’efforça de suivre le flot d’étudiants. Arrivée à destination, elle tenta d’occuper rapidement une des dernières places libres. Malheureusement, elle dut se résigner à s’installer au milieu du deuxième rang. Pour le coup, elle, qui affectionnait les premières places, aurait préféré se retrouver un peu plus à l’écart en ce premier jour. 

Leur guide avait une quarantaine d’année, le visage sévère. Son autorité était telle que personne n’osa parler. Une ambiance pesante envahit la salle. Un fin sourire étira le visage de l’institutrice se délectant de la situation. 

« Si vous êtes ici, c’est que vous avez été sélectionnés comme étant les meilleurs de votre génération.  

Les élèves se réjouirent à peine que la femme ironisa : 

– Bien évidemment, si nous parlons d’une génération globalement médiocre, il n’y pas de quoi s’en réjouir. » 

D’un calme olympien, un adolescent à la droite de Vanina leva la main prestement. L’enseignante haussa un sourcil et ignora l’étudiant. 

Professeure SAVANNAH DE LÉON, écrit-elle au tableau.

« Excusez-moi, Professeure…  

L’élève, décidé à intervenir, se tortillait à présent sur sa chaise pour lire ce qui était écrit à la craie. 

– …De Léon. Vous avez dit tout à l’heure que nous étions une génération médiocre, mais c’est pas vos cours qui feront les grands sorciers et sorcières… ou pas… que nous deviendrons ? 

De légers pouffements retentir dans l’auditoire. Le regard dure de Savannah les fit taire promptement. Elle plongea ensuite ses yeux noirs dans les prunelles grises de l’insolent. 

– Santa Via est la deuxième meilleure école du classement mondial des écoles magiques. Je doute que la qualité de l’enseignement soit à remettre en cause, mais je vous laisse faire part de vos doléances à notre directrice, Monsieur… 

– Jamie Ryan, chamane, madame. 

Pas près de se laisser décourager, le jeune garçon continua avec impudence. Il était résolu à aller au bout de sa pensée. 

– Dans le classement, on voit que l’enseignement n’a que 7 points sur 10. Il y a peut-être aussi des améliorations à faire du côté du cor enseignants, vous ne croyez pas ? 

Savannah se pinça légèrement les lèvres avant de répondre exaspérée. 

– Et nous pouvons voir que les scores aux examens ne sont qu’à 6 points, mais je serais ravie que vous me prouviez le contraire Monsieur Ryan. » 

Elle reprit son discours initial, décidée à couper court à cette joute verbale. 

« Pour celles et ceux qui maîtrise l’art complexe du chamanisme, je serai votre professeure dans cette matière. 

Un sourire carnassier se dessina sur la figure de la locutrice. A ces derniers mots, l’étudiant perdit quelque peu de son aplomb. 

– Monsieur Ryan, je serai donc aux premières loges pour voir le renversement de vos résultats scolaires. Espérons toutefois que ce soit en votre faveur. » 

Quelques élèves se laissèrent aller à de légers gloussements. L’enseignante poursuivit ses explications sur les différents fonctionnements de l’école avant de les congédier. Vanina, qui n’avait pas perdu une miette de l’échange, fascinée par le courage du garçon, l’observait en silence pendant que la salle se vidait peu à peu. Le chamane qui attrapait déjà son sac remarqua le coup d’œil dans sa direction. 

« Salut ! Moi c’est Jamie, mais tu le sais déjà, comme tous les gens de cette salle… 

Un peu surprise par l’audace de son nouvel interlocuteur, elle bredouilla. 

– Va… Vanina. 

– Enchantée Vanina. Tu viens d’où ? Tu fais quelle magie ? Tu penses quoi de Santa Via ? Et du Guatemala ? Tu as pu visiter un peu ? 

Il ne lui laissa même pas le temps d’entamer une réponse avant de continuer tout excité par cette nouvelle expérience. 

– Je viens de Perth. C’est en Australie. Donc le Guatemala, c’est un sacré changement pour moi. Même s’il fait chaud dans les deux pays. Mes parents sont venus avec moi une semaine en avance pour qu’on visite. C’est petit le Guatemala. Tu savais qu’il y avait que 7 millions d’habitants ? Tu parles espagnol toi ? Moi, je ne parle que l’anglais, mais j’espère apprendre un peu. “Mey goustah el espagniol”, termina-t-il dans un effort difficile de prononciation. 

Il s’accorda une pause pour se laisser le temps de rire à sa propre blague. Son interlocutrice ne savait plus par quoi commencer. Elle finit par entrouvrir légèrement la bouche avant de se décider à répondre. 

– Je… je suis originaire du Japon, de Tokyo. Je suis aussi chamane et… je n’ai pas encore trop d’avis sur l’école. 

Le jeune sorcier l’écoutait à présent attentivement. Elle se sentit petit à petit plus à l’aise et poursuivit en se rappelant chaque question. 

– Je ne connais pas vraiment le pays… Et pour l’espagnol, j’ai pris quelques cours, mais ce n’est pas encore ça… Je suis arrivée aujourd’hui seulement. Ma famille est restée à Tokyo. Ma mère devait travailler et mon père s’occupe de mes frères et sœurs… 

Gênée, elle se garda bien de mentionner le prix du billet d’avion exorbitant qu’aucun membre de sa famille n’aurait pu se payer de toute façon. 

– Tu viens du Japon ? Incroyable ! On peut presque dire qu’on est voisins ! 

Il s’esclaffa gaiment avant de reprendre. 

– Puisqu’on est tous les deux chamanes, on pourra se serrer les coudes. Je me réjouis d’assister aux cours ! Même si la professeure me fait froid dans le dos. Pas grave ! Je lui montrerai que je suis le meilleur de toute façon. Tu te réjouis de quel cours ? Tu as faim ? Viens, on va manger. Tu pourras m’en dire plus sur toi. » 

Sans lui laisser le temps de réagir, il lui attrapa la main et l’obligea à le suivre au pas de course hors de l’aula. Désemparée, Vanina saisit rapidement son sac débordant d’affaires mal rangées qu’elle glissa maladroitement sur une épaule.

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2 Commentaires

  1. Loris

    Quel plaisir de retrouver Vanina!

    Réponse
    • Anaïs

      Tant mieux ! Merci pour ton commentaire 😀

      Réponse

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